Édouard Mendy : « Ma tête tourne, j’ai un vertige… »

Le gardien de Reims, qui tiendra sa place ce soir face au PSG, raconte comment il a vécu sa sortie sur civière après un violent choc lors du succès à Bordeaux (1-0).

Mercredi 9 mai, Édouard Mendy plie son mètre quatre-vingt-dixseptau centre de vie Raymond-Kopa. Le gardien de Reims est encore préoccupé par le fait de rester dans le top 10 de L1 alors que son équipe (9e) est déjà maintenue. Il ne sait pas qu’il va connaître, à Bordeaux (1-0, samedi dernier), une grosse frayeur en fin de match, chutant lourdement sur la tête. L’international sénégalais (2 sélections), salué par Christophe Lollichon, entraîneur des gardiens de Chelsea, comme le meilleur de L 1, est solide. Comme il nous l’a expliqué par téléphone, sa visite chez le neurologue, mercredi, lui permettra de tenir sa place face au PSG. Ce père de famille de vingt-sept ans a déjà puisé dans les difficultés de son existence les ressources qui lui permettent d’avancer.

Racontez-nous ce qui s’est passé à Bordeaux…

Je suis à la lutte avec Jimmy Briand qui fait obstruction. Je bascule, retombe lourdement sur l’épaule droite puis ma tête heurte violemment le sol. C’est un gros choc mais je ne perds pas connaissance. Je suis sonné.

Des picotements envahissent tout mon côté droit, comme une paralysie. Puis disparaissent après une minute.

Le kiné vient vers moi, me pose les questions de contrôle. Je réponds, un peu confus. J’attends de reprendre mes esprits. Il me demande si je veux repartir. Je dis oui. Il reste cinq minutes. Je me relève vite pour ne pas faire perdre de temps à mon équipe.

Puis vous perdez connaissance ?

Non. Au coup de sifflet final, la pression que je m’étais mise pour rester concentré retombe. Ma tête tourne, j’ai un vertige et je tombe en arrière. Comme un malaise. Mais je ne perds pas connaissance.

Je réponds au Samu. Sur la civière qui me porte, je suis conscient mais je ferme les yeux à cause des projecteurs. On me prend ma tension : 13/8 puis 12/4 après trente minutes. Je n’ai aucun signe de commotion. Je peux reprendre. Je rentre en avion à Reims avec le groupe. Le lendemain, vous avez tenu à assister à Paris aux trophées UNFP. Je suis parti en TGV vers 14 heures. Je portais une minerve que j’ai enlevée le temps de la cérémonie. J’ai dormi à Paris le soir et je suis revenu en train le lundi. Là, le médecin m’informe que je dois respecter le protocole, passer un scanner puis une IRM. Et voir le neurologue ce matin (mercredi). Les examens sont bons. Le docteur m’a bien certifié que je pouvais reprendre avec le groupe, ce que j’ai fait ce matin et demain (jeudi). Sinon la LFP aurait mis son veto à ma participation au match contre Paris.

Avez-vous eu peur ?

Oui. C’est clair. C’est une action où tout peut s’arrêter. On est exposés. On le sait. Mes proches étaient un peu choqués. Mais je n’ai aucune contre-indication.

Vous brillez cette saison en L 1. Pourtant, il y a cinq ans, vous avez connu le chômage…

J’étais à Cherbourg (National, 2014). En fin de saison, le club avait été rétrogradé en DH pour problèmes financiers. Un agent sportif s’était engagéà me trouver un club en Angleterre. J’ai attendu tout l’été. Entre-temps, j’avais refusé des clubs de National et de CFA 2 (N 2). On était fin août. C’était trop tard.

« Refaire un an à Reims ne me dérange pas. Bien au contraire. Mais on ne peut pas savoir ce qui va se passer dans le foot. J’aspire à voir plus haut »

Avez-vous imaginé mettre fin à votre carrière ?

Pas au début. J’étais optimiste. Ce n’était pas un problème de niveau. Pour continuer à avancer, il fallait que je le prenne comme un contretemps. Beaucoup de mes potes ont arrêté car ils n’y ont pas cru. Mais, en décembre et janvier, ce que l’on me proposait n’était pas intéressant. Je vivais avec 800 euros par mois, chez mes parents. J’allais avoir mon premier enfant. Je me suis posé les vraies questions. Fallait-il repartir en CFA, bourlinguer sans visibilité ? Je me doutais que ça n’allait pas être simple, qu’il fallait faire plus que les autres. Mais que ça allait être aussi dur, non. Un an sans jouer, c’est long. J’ai douté. Qui pouvait vouloir de moi au bout d’un an sans match, sans jamais avoir été professionnel ? N’était-ce pas mieux de trouver un truc stable et de s’occuper de sa famille ? J’ai envisagé de revenir dans la vente, comme gérant de magasin. Et abandonner le foot, parce que cela m’aurait fait trop mal. C’était mon rêve. J’avais tout fait pour que cela devienne un objectif. J’ai travaillé comme un malade tous les jours. Je n’attendais qu’une chose, avoir ma chance. Et Marseille me l’a offerte. Je l’ai saisie.

Pourquoi avez-vous percé si tard ?

Mon parcours fait le gardien que je suis aujourd’hui. Mon potentiel a été exploité pleinement avec les aventures que j’ai vécues. À Marseille (2015-2016 en CFA), avec Stéphane Cassard, j’ai énormément progressé. Je suis devenu mature plus vite. Si je n’étais pas passé par où je suis passé, j’aurais eu des réactions différentes en L 1. Quand on est dans un club de quartier, comme les Municipaux du Havre (2006-2011), il faut se faire respecter. Trop souvent, c’est le poste que personne ne veut occuper. On a tendance à le dénigrer. Après, les performances donnent de la crédibilité. Mais, quand on joue en DH, les clubs ne viennent pas forcément te voir. En plus, il y a le HACà côté. Ils se disent, « Ça ne sert à rien ». Au début, le HAC voulait me laisser du temps. Il n’a pas cru en moi tout de suite. Le club a voulu me reprendre l’année où je suis parti aux Municipaux. J’étais décidé à réussir ailleurs. J’avais besoin de voir autre chose. Il valait mieux être numéro deux en National et titiller le numéro un que numéro trois chez les pros.

À Marseille, vous n’avez joué que huit matches en équipe réserve.

Je suis arrivé quand la saison avait démarré. Florian Escales allait jouer la première partie de saison. J’étais en contrat amateur à 2 000 € brut mensuels. Je savais que je venais me montrer. Cinq clubs de L 2 m’ont contacté (dont Reims, Troyes, Ajaccio et Le Havre). L’OM a fait le forcing pour accélérer mon contrat pro. Je ne pouvais pas attendre qu’ils vendent. Cette saison a été un moteur. La discussion avec Sébastien Hamel (préparateur des gardiens de Reims) a fait la différence.

Avez-vous souffert de ces galères ?

Oui, j’en ai bavé. Ma famille aussi. Mais je suis croyant, catholique. Je me disais que le travail allait payer. J’ai été récompensé. Mon parcours m’a forgé. J’essaye de m’en servir au mieux au quotidien. Pour avancer et faire avancer les jeunes de l’équipe. J’espère que mes enfants n’auront pas le même vécu, frustrant et fatiguant. Mais qu’il va leur servir.

Jouerez-vous à Reims en 2019-2020 ?

Les dirigeants ont été clairs avec moi dès le début. On devait voir comment ça se passe les six premiers mois. J’ai accepté une prolongation (jusqu’en 2022). Refaire un an à Reims ne me dérange pas. Bien au contraire. Mais on ne peut pas savoir ce qui va se passer dans le foot. J’aspire à voir plus haut. On discutera (pour être fixé avant le 4 juin et le rassemblement du Sénégal à Dakar). Ici, les personnes sont intelligentes. Elles veulent faire progresser les joueurs.

Pourquoi avoir choisi de jouer en faveur du Sénégal ?

C’est le choix du cœur, de la famille. Je ne me voyais pas avec un maillot d’une autre équipe nationale. Ils ont commencé à me faire rêver en 2002 (battus par la Turquie en quarts de finale du Mondial). C’est le pays où mes parents habitent. Où mon frère aîné est né. Il ne faut pas choisir. Je suis aussi français que sénégalais. La mixité est une richesse. La culture des deux fait ce que je suis. C’était un choix naturel. Lors du dernier rassemblement, pour ma première sélection en qualité de titulaire, c’était un moment fort. »

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