Le Grand Prix du chef de l’Etat pour l’enseignant : une source de motivation pour l’acteur « craie en main »

L’efficacité d’un système éducatif se mesure à l’aune de ses résultats. L’atteinte d’un tel objectif mobilise une pluralité de ressources dont la synergie reste le maître-mot. Dans tout système éducatif, les ressources humaines occupent une place névralgique voire stratégique. Elles constituent, avec les enseignants en première ligne, le premier intrant du dispositif. De ce point de vue, toute initiative visant à motiver l’enseignant, pierre angulaire du système, n’est de trop. C’est la raison pour laquelle, nous saluons à sa juste valeur l’instauration au Sénégal du Grand Prix du Chef de l’Etat pour l’Enseignant, une vision défendue et pilotée par le Ministre de l’éducation. Ce prix institué par décret n0 2017-601 du 24 avril 2017 récompense un enseignant « craie en main » dont les qualités humaines et professionnelles, le dévouement au travail et l’exemplarité dans l’exercice de son métier et dans son comportement au sein de l’école et de la communauté, méritent d’être loués et portés à la connaissance de tous. Le choix du lauréat du Grand Prix se fait sur la base du mérite et suit un long processus étalé sur trois grandes phases (une phase départementale, régionale et nationale) avec une batterie de critères transparents et rigoureux. Le jury national se fonde sur les éléments d’appréciations suivants pour choisir le vainqueur :
L’attitude de l’enseignant au travail (ponctualité, assiduité, rigueur, respect du cahier des charges, dévouement au travail, relations humaines et sociales avec les autres…)
Les performances de l’enseignant attestées par les membres de l’équipe pédagogique, le chef d’établissement, les inspecteurs, les membres de la communauté et évaluées, entre autres, à partir de fiches d’inspection, de questionnaires d’enquêtes, de résultats d’évaluation ;
Sa contribution à l’amélioration de la qualité des enseignements-apprentissages, évaluée entre autres, par son engagement et sa régularité au sein des cellules pédagogiques, par la production de documents pédagogiques ;
Son engagement pour l’amélioration des performances des élèves et sa disponibilité envers eux, évalués, entre autres, à partir du soutien, de l’encadrement, de l’aide, du tutorat, à titre bénévole en faveur des élèves à l’école et en dehors de l’école ;
Sa contribution à l’utilisation de technologies de l’information, de ressources numériques éducatives ou d’autres méthodes innovantes d’enseignement ;
Sa participation à la vie de l’établissement, aux activités péri et para scolaires et à la vie publique de la communauté en général et la reconnaissance dont il jouit dans les médias et dans la communauté ;
Son influence et son leadership dans les changements de mentalités et des comportements par sa capacité à disséminer des valeurs humaines, éthiques et morales au sein de l’école et de la communauté.
Le Grand Prix du Chef de l’Etat pour l’Enseignant rend hommage aux acteurs « craie en main » et les valorise aux yeux de toute la nation. Maillon essentiel du dispositif social, l’enseignant se doit de respecter sa lourde tâche et de se faire respecter par son travail. Il demeure bâtisseur des âmes et formateur des grands esprits, contrairement aux artisans et ouvriers qui opèrent sur de la matière morte. Cette grande responsabilité pousse à réfléchir et exige de la part de l’enseignant une posture citoyenne dont le soubassement reste l’éthique et la déontologie. Ainsi, Mariama Ba, enseignante et écrivaine chevronnée l’avait vite compris et attiré l’attention de tous sur le caractère sensible de la mission d’enseigner. Parlant de l’importance de notre métier, elle soutient dans Une si longue lettre : «Chaque métier, intellectuel ou manuel, mérite considération, qu’il requière un pénible effort physique ou de la dextérité, des connaissances étendues ou une patience de fourmi. Le nôtre comme celui du médecin n’admet pas l’erreur. On ne badine pas avec la vie ; la vie, c’est à la fois le corps et l’esprit. Déformer une âme est aussi sacrilège qu’un assassinat ». La romancière ne s’est pas arrêtée en si bon chemin dans la mesure où elle a porté la voix de milliers d’enseignants dont l’ambition était de se voir un jour distinguer pour services rendus à la communauté au prix de sacrifices incommensurables. Mariama Ba dira à cet effet : « Les enseignants – ceux du cours maternel autant que ceux des universités – forment une armée noble aux exploits quotidiens, jamais chantés, jamais décorés. Armée toujours en marche, toujours vigilante. Armée sans tambour, sans uniforme rutilant. Cette armée-là, déjouant pièges et embûches, plante partout le drapeau du savoir et de la vertu ».
Le Grand Prix du Chef de l’Etat présente d’innombrables opportunités et perspectives pour le lauréat. Au-delà de la récompense financière et des symboles de la République reçus, il crédibilise l’enseignant qui devient une véritable institution et un ambassadeur national pour défendre la cause éducative. De nouvelles missions avec un cahier de charges bien élaboré s’offrent au récipiendaire qui s’implique désormais à tout ce qui touche à l’éducation. Ses réflexions et prises de position sur les innovations pédagogiques, les foyers d’incubation, les crises scolaires, les difficultés inhérentes au fonctionnement de l’institution, entre autres, sont attendues du législateur chargé de traduire de façon concrète et pratique les grandes orientations de la politique éducative de l’Etat.
Le lauréat du Grand Prix, sur instruction du Ministère de l’Education, participe au Global Teacher Prize qui s’organise tous les ans aux Emirats Arabes Unis, précisément à Dubaï. Il s’agit d’une rencontre internationale de réflexions et d’échanges sur la problématique de l’éducation, regroupant des sommités et des structures qui œuvrent dans le domaine, des délégations de différents pays invités, rencontre à l’issue de laquelle est désigné le meilleur enseignant de la planète. Le Ministère de l’Education, dans le souci de bien préparer son futur candidat à ces joutes internationales, offre un voyage d’étude au lauréat à Dubaï pour s’imprégner des réalités de la compétition. C’est ainsi que les deux premiers vainqueurs du Grand Prix au Sénégal, Monsieur Assane Ndiaye et Monsieur Gorgui Faye, ont pris part au forum de Dubaï, respectivement en 2018 et en 2019.
Pour l’édition 2019 de Global Teacher Prize, M. Assane Ndiaye, Lauréat du Grand Prix du Chef de l’Etat 2017, sélectionné dans le Top 50 des finalistes mondiaux, a représenté le Sénégal dans cette prestigieuse compétition. La délégation sénégalaise, conduite par le Ministre de l’Education Monsieur Serigne Mbaye Thiam, était composée de Monsieur Mamadou Wane Conseiller Technique au M.E.N et de Gorgui Faye, Lauréat de l’édition 2018 du Grand Prix du Chef de l’Etat. Ce séjour en terre émiratie a permis aux représentants du Sénégal d’échanger avec le reste du monde sur les bonnes pratiques et nouer des partenariats féconds avec certains acteurs de l’éducation. La fin des travaux est sanctionnée par la remise du trophée mondial à l’enseignant Kenyan Peter Tabichi vainqueur de l’édition 2019 de Global Teacher Prize. Un titre d’ambassadeur de l’éducation est décerné au représentant du Sénégal Monsieur Assane Ndiaye.

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