Terrorisme: Mamadou Camara mis en accusation et renvoyé devant la Chambre criminelle

« Libération » révèle que le doyen des juges vient de mettre en accusation Mamadou Camara, né le 28 avril 1998 à Paroumba (Vélingara), pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste affiliée à l’Etat islamique, avant d’ordonner son renvoi devant la Chambre criminelle. Après avoir fait des aveux retentissants lors l’enquête de police, Mamadou Camara avait affirmé avoir tout inventé. Mais le parquet et le Doyen des juges ont la certitude que Camara est un terroriste présumé,recruté par Daesh et envoyé au Sénégal.

C’est devant la Chambre criminelle de Dakar que va se jouer le sort de Mamadou Camara. Selon nos informations, il a été mis en accusation par le doyen des juges, à la suite de plus d’un an d’instruction et renvoyé devant cette chambre spéciale pour les faits d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste affiliée à l’Etat islamique. 

Cette affaire rocambolesque commence le 1er février 2018 lorsque la Direction de la police de l’air et des frontières (Dpaf) a signalé le passage au niveau du poste frontalier de Kidira, de Mamadou Camara qui aurait séjourné dans un camp terroriste au Nord Mali. Après un interrogatoire sommaire, il avait été invité se présenter au siège de la Direction de la surveillance du territoire (Dst, renseignements) pour un « débriefing ». 

Face au discours incohérent de Camara, la Dst actionne la Dic. Lors de son interrogatoire, il a soutenu avoir quitté le Sénégal cinq mois auparavant par le poste frontalier de Diama pour émigrer en Espagne. Passant par la Mauritanie puis le Mali, il aurait rejoint la frontière algérienne à bord d’un bus mais il déclare qu’à son arrivée, il a été vendu à son insu puis kidnappé pendant 20 jours par une bande de braqueurs, qui ont fini par le libérer après reversement d’une rançon de 200.000F CFa que ses parents lui ont envoyée du Sénégal. 

Il se serait ensuite rendu à Borg, localité située à 4 jours de marche du côté algérien. Trois jours plus tard, il aurait été enlevé par des Touaregs affiliés au groupe terroriste Etat islamique, qui l’ont conduit dans leur base dénommée « tasli », situé au Nord Mali. Selon ses propos, ce groupe compterait plusieurs camps comportant chacun une quarantaine de combattants, avec un armement sophistiqué et très impressionnant. Parmi les membres figureraient d’anciens militaires et gendarmes maliens qui auraient déserté à cause de leurs difficiles conditions d’existence, contre la promesse de bons salaires dans les rangs djihadistes. 

Des aveux retentissants 

Dès son arrivée au camp «tasli», il aurait été présenté au chef du groupe dont il a soutenu ignorer l’identité, qui lui aurait solennellement demandé de rejoindre leurs rangs. Craignant pour sa vie, il aurait accepté et subi une formation militaire de base, relative aux techniques de camouflage dans le désert, de tir, de maniement des armes lourdes et de braquage. 

Quelques temps après, le chef du groupe aurait sollicité sa collaboration pour attaquer le Sénégal, pays qu’il n’avait pas encore réussi à frapper, selon sa déposition. Pour cela, il lui a demandé des informations sur l’armée, la police, les points de passage à la frontière ainsi que sur le conflit casamançais. Pour le convaincre, il lui aurait proposé la somme d’un milliard de F CFa en cas de réussite de la mission, prime qui sera versée à sa famille, même à titre posthume. 

Toujours lors de son séjour dans le camp de »Tasli », il ajoutait avoir participé à trois braquages de véhicules dans des localités qui lui sont inconnues mais situées en territoire malien. Le butin, composé d’argent et de bagages de passagers, était remis entre les mains des responsables. 

Un milliard en cas de réussite de la mission au Sénégal?

Il a soutenu encore avoir participé aux activités de cette organisation terroriste contre son gré, pour échapper à d’éventuelles représailles. A l’en croire, il aurait assisté à des exécutions sommaires, au cours desquelles les bourreaux prononçaient à haute voix « allahou akbar », avant d’égorger leurs victimes dont il ignore l’identité et les reproches qui leurs étaient faits. 

Il aurait appris que c’est ce groupe terroriste qui serait à l’origine des attentats de Grand Bassam en Côte d’ivoire, précisant cependant n’avoir aucune connaissance d’un quelconque projet d’attentat terroriste dans notre pays. Sur les conditions de son retour au Sénégal, il a déclaré avoir pris la fuite lors de son troisième braquage, pour rallier la ville de Gao où il a rejoint la « Maison des migrants », un centre d’accueil, avant de se rendre à l’ambassade du Sénégal à Bamako. Une fois au poste frontalier de Kidira, c’est Camara lui-même qui racontera son « effroyable » histoire aux agents. 

Il revient sur ses déclarations et soutient avoir tout inventé pour recevoir une récompense de l’Etat 

Mais voilà, à la suite d’un second interrogatoire et de la déposition de son père, S. Camara, Mamadou soutenait avoir inventé toute cette histoire. Dans le camp des réfugiés, il disait avoir appris que l’Etat du Sénégal donnerait de fortes sommes aux personnes disposant d’informations sur les groupes terroristes. Raison pour laquelle il aurait inventé les faits pour être récompensé. 

Il tiendra le même discours lors de son interrogatoire dans le fond, faisant suite à son inculpation. N’empêche, le parquet et le doyen des juges sont d’avis que les déclarations préliminaires de Camara sont très précises pour être inventées et qu’aucun élément objectif du dossier ne peut permettre d’en douter. Surtout que les réquisitions effectuées sur son téléphone, ont établi qu’il était bien au niveau des bastions jihadistes lors de la période indexée. A charge désormais pour Mamadou Camara de prouver le contraire devant la Chambre criminelle, où il risque gros. 

Cheikh Mbacké Guissé

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